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Caligula Remix

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J’ai été quelque peu au théâtre dernièrement. Je n’ai pas trop savouré Sextett et j’avais bien aimé Huis Clos au TNM. Mais là, vendredi soir, je me suis fait bousculée. Bien comme il faut. Par un théâtre innovateur, dérangeant, puissant et brillamment mis en scène. Je vous en parle presque à regret car malheureusement, vous ne pourrez pas partager mon palisir. À moins que d’autres supplémentaire ne soient annoncées.

Caligula remix, une présentation et production Terre des Hommes, au théâtre La Chapelle. La dernière était samedi passé, le 15 mai.


Caligula
, l’Empereur romain, s’aperçoit à la mort de Drusilla, sa sœur et maîtresse, que « les hommes meurent et ils ne sont pas heureux ». Dès lors, commence sa quête démesurée d’absolu qui le mènera jusqu’aux icônes modernes du DJ et du chef d’orchestre. Caligula est une farce grotesque que seuls quelques personnages avec un « surplus d’âme » tirent vers l’humanité.

Tiré de l’oeuvre d’Albert Camus (dont on célèbre le 50ième anniversaire de sa mort cette année), Marc Beaupré en signe l’adaptation et mise en scène et en tire une véritable œuvre d’art. Emmanuel Schwartz interprète l’humain et monstre Caligula, ce dernier nous offre une prestation charnelle, forte et cinglante. Le remix est magnifiquement illustrée de plusieurs façons ; jeux chorales, enregistrement audio, remix des enregistrements live. Des mots captés, manipulés, retransmis dans l’oeuvre, le mot remix prend toute sa pertinence.

Scène très sobre, décor inexistant, les voix et les coeurs s’en donnent à coeur joie et nous livre une performance. On est quasi loin du théâtre. Puissant, je vous dis. Et Beaupré a conservé les morceaux fondamentaux de l’œuvre de Camus ; un homme et sa rédemption, folie, sauvagerie, tout ça car les hommes meurent et ne sont pas heureux. Troublant.

J’en profite pour citer  Camus (tiré de Wikipédia)
« Non, Caligula n’est pas mort. Il est là, et là. Il est en chacun de vous. Si le pouvoir vous était donné, si vous aviez du cœur, si vous aimiez la vie, vous le verriez se déchaîner, ce monstre ou cet ange que vous portez en vous. Notre époque meurt d’avoir cru aux valeurs et que les choses pouvaient être belles et cesser d’être absurdes. Adieu, je rentre dans l’histoire où me tiennent enfermé depuis si longtemps ceux qui craignent de trop aimer. »

Du théâtre performance à l’état pur.

Huis Clos de Jean-Paul Sartre au TNM

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Photo : Jean-François Gratton / Une communication orangetango

Ah le théâtre! Quel moment délicieux, de voir en chair et en os une création prendre forme, dans un décor, sous des éclairages, mise en scène, interprétée et tout est là. Vraie. Pas figée sur un écran. J’adore les écrans mais une soirée au théâtre, ça remet le plancher aux vaches (!).

Magnifique cadeau de la metteur en scène et directrice artistique du Théâtre du Nouveau Monde Lorraine Pintal que j’ai eu la chance de rencontrer lors des enregistrements du concours Le dernier mot à Radio-Canada. Elle anime avec brio mon émission littéraire favorite, Vous m’en lirez tant.

Donc, lundi soir, la générale de Huis Clos. Pièce de Jean-Paul Sartre, avec Pascale BussièresSébastien DodgeJulie Le BretonPatrice Robitaille .

Puissant. Très bonne interprétation des comédiens, particulièrement Patrice Robitaille. Le décor est fascinant, le Huis-Clos est ouvert et tragiquement fermé, brillant.

Évidemment, après 1h40 de défilement des mots de Jean-Paul Sartre, c’est la puissance du texte qui nous habite encore le lendemain!

L’enfer c’est les autres écrit Sartre. Il a bien raison mais il va encore plus il dans son raisonnement…

J’ai trouvé ceci. (continuer à lire ne devrait pas modifier votre expérience théâtrale…)

Texte dit par Jean-Paul Sartre en préambule à l’enregistrement phonographique de la pièce en 1965. Ces textes ont été rassemblés par Michel Contat et Michel Rybalka – Folio essais- Gallimard 1992.

J’ai voulu dire : l’enfer , c’est les autres. Mais « l’enfer, c’est les autres » a toujours été mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’étaient toujours des rapports infernaux. Or, c’est autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut-être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont au fond ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons ses connaissances que les autres ont déjà sur nous. Nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné de nous juger. Quoique je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui. Et alors en effet je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres. Ça marque simplement l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous.

Deuxième chose que je voudrais dire, c’est que ces gens ne sont pas semblables à nous. Les trois personnages que vous entendrez dans Huis Clos ne nous ressemblent pas en ceci que nous sommes vivants et qu’ils sont morts. Bien entendu, ici » morts » symbolise quelque chose. Ce que j’ai voulu indiquer, c’est précisément que beaucoup de gens sont encroûtés dans une série d’habitudes, de coutumes,, qu’ils ont sur eux des jugements dont ils souffrent mais qu’ils ne cherchent même pas à changer. Et que ces gens-là sont comme morts. En ce sens qu’ils ne peuvent briser le cadre de leurs soucis, de leurs préoccupations et de leurs coutumes; et qu’ils restent ainsi victimes souvent des jugements qu’on a portés sur eux. A partir de là , il est bien évident qu’ils sont lâches ou méchants par exemple.

S’ils ont commencé à être lâches , rien ne vient changer le fait qu’ils étaient lâches. C’est pour cela qu’ils sont morts, c’est pour cela, c’est une manière de dire que c’est une mort vivante que d’être entouré par le souci perpétuel de jugements et d’actions que l’on ne veut pas changer. De sorte que , en vérité, comme nous sommes vivants , j’ai voulu montrer pr l’absurde, l’importance chez nous de la liberté, c’est à dire l’importance de changer les actes par d’autres actes. Quel que soit le cercle d’enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent pas, c’est encore librement qu’ils y restent . de sorte qu’ils se mettent librement en enfer.

Vous voyez donc que, rapports avec les autres, encroûtement et liberté , liberté comme l’autre face à peine suggérée , ce sont les trois thèmes de la pièce. Je voudrais qu’on se le rappelle quand vous entendrez dire : « l’enfer c’est les autres. »

—tiré du site À la lettre

Allez, au théâtre tous!

Sexy Béton – je suis allée au théâtre, je me suis assise et j’ai pleuré

Written by Patricia. Filed under Critiques, La vie en général. Tagged , , , . 1 Comment.

Connaissez-vous la troupe de théâtre Projet Porte Parole?. Jeune compagnie de théâtre très dynamique, ils occupent une place unique dans le monde théâtral au Québec, avec une démarche documentaire. J’ai commencé à les suivre en 2003, simultanément avec les débuts de Parole citoyenne. Donc du théâtre documentaire.

En 2007, ils ont démarrer un projet ambitieux, Sexy Béton, pièce bilingue en trois épisodes. Et ce janvier, c’est la conclusion du troisième épisode, que j’ai eu la chance de voir, de vivre.

La bande-annonce de la pièce

Sexy béton, une pièce en trois épisodes from Porte Parole on Vimeo.

Quelques mots à propos de Sexy béton (tiré de leur site)
——-Brett et Maude, deux acteurs, sont  intrigués par la lecture d’une histoire qui relate l’effondrement d’un pont, tuant cinq personnes dans leur ville.  Quand ils découvrent que les personnes, qui l’ont construit et étaient en charge de son entretien, ne  veulent endosser aucune responsabilité, ils démarrent une enquête.  Leur odyssée les  conduit aussi bien chez les victimes encore dévastées que dans les salles des conseils  d’administration et les bureaux feutrés de l’élite politique et financière, où circulent  des rumeurs de conspiration de mafia et de collusion du monde de la construction qui  menacent leur quête de vérité.

À chaque étape, leur mission de créer un drame “sexy” est mise en péril par leur sujet “béton”.  Ils veulent blâmer quelqu’un pour l’effondrement du pont et secourir les victimes innocentes.  Mais, finalement, ils sont contraints de tirer des conclusions moins glamour : le pont en question est une partie de leur propre monde malade et, qui sait peut-être, eux-mêmes ont-ils quelque chose à voir dans cette faillite collective.

Sexy béton est un suspense politique hantant notre passé, mais encore actuel : les unes des médias ne cessent de rapporter des chutes fréquentes et choquantes de blocs de ciment des infrastructures au Québec.  La pièce est aussi un appel urgent à l’engagement des citoyens au moment où, par exemple, les projets de reconfiguration de l’échangeur Turcot à Montréal risquent d’affecter notre ville pour des décennies.——-

Voilà pour le résumé. On parle du Pont de la Concorde évidemment. Tragédie qui est survenue le 30 septembre 2006.

Je n’ai pas eu la chance de voir les deux premières pièces mais j’ai eu la chance de les lire le week-end dernier. Déjà, juste les mots m’avaient gagnée. Beaucoup d’émotions, beaucoup d’intelligence dans le propos. L’aventure de Sexy Béton et son écriture, c’est l’œuvre d’Annabel Soutard. J’y reviendrai.

Bref, mardi soir, j’allais voir l’épisode trois, le dernier, l’Abandon. J’ai passé une soirée éprouvante. Magnifique. Intense. Pas facile.

Tout est parfaitement intégré dans Sexy Béton.

  • La réflexion politique
  • Les émotions
  • Le désespoir
  • L’engagement
  • L’éthique
Photo © Kirk Wight

Photo © Kirk Wight

Et l’expérience théâtrale? Intense. D’excellents comédiens, scénographie sobre mais efficace, un texte troublant et la frontière entre transposition dans l’acte de création et réalité qui s’amenuit de plus en plus, nous transportant vers une conclusion déchirante et si intègre. Je vous donne un indice. Le film Valse avec Bashir. Et toutes les présentations sont suivies d’une discussion avec le public.

Bravo Annabel et bravo à toute l’équipe.

Vous savez quoi? Cette pièce de théâtre est une puissante métaphore. Celle de notre infrastructure défaillante : notre responsabilité collective. Notre société qui inexorablement se détisse. Notre individualisme en puissance. Notre sens collectif en « impuissance ». L’auteure Annabel s’est totalement investie dans cette aventure, enquête, engagement et relations avec les familles des victimes.

J’ai été au théâtre et j’ai pleuré. De rage. De colère. D’espoir.

Juste avant de quitter, Haïti avait tremblé. Je vous parlais de métaphore plus haut. Je n’ai rien d’autre à ajouter.

Sexy Béton – Épisode 3 – L’abandon
Au centre Seagal jusqu’au 21 janvier.