Mon père a toujours été un modèle pour moi concernant l’art d’avoir le dernier mot. Je me rappelle même qu’il me tapait sur les nerfs quand j’étais plus jeune. Aujourd’hui, je crois que les rôles se sont inversés….et je lui tape sur les nerfs, j’en suis convaincue…:)
Peu importe, la bonne nouvelle à la ténacité du vouloir du dernier mot, mon amour de la littérature, mon envie constant de jouer avec les mots, ben… j’ai craqué.

J’ai craqué pour le concours Le Dernier mot à l’émission Vous m’en lirez tant consacré à la littérature à la première chaîne de Radio-Canada. Dimanche dernier, jour limite, à deux heures du deadline, j’ai écrit les 200 mots nécessaires.
Et bonne nouvelle. Je suis finaliste.
Et maintenant, je me tape sur les nerfs. Je vous au tiens au courant des dates de diffusion…




Rhajdani Express
Pour ceux qui ont raté l’émission, je publie mon texte/slam/rap que j’ai écrit pour le concours Le dernier mot à l’émission Vous m’en lirez tant, sur la Première chaîne de Radio-Canada.
********
New Delhi.
Par ici la démocratie chaotique.
Prendre le train devient acte héroïque.
Se faufiler dans la mêlée.
Entre tous ces corps, m’élancer, éperdue.
Un regard masculin m’effeuille, l’effronté.
Sur le quai, je suis nue.
Dépaysée, je m’enfonce dans le Tiers-Monde.
Le wagon-des-gens-qui-n’ont-rien.
Mais je n’ai rien à voir avec ces faux vauriens.
Billet indique 2AC-15D. Le train gronde.
Direction compartiment AC – Air climatisé
Non, Air contaminé d’une drôle d’espèce.
Ces néo-bourgeois mal élevés.
Rhajdani Express, tu me transformes en princesse.
J’affronte l’effronté.
Tu fumes. Rhabille-moi. Tu m’allumes.
Nos corps transpirent. Désir acharné. Harnache-moi.
La vitesse enivre. Empêche-moi, dépêche-toi.
Ton baiser insiste, résiste, tendre insurgé.
Tes mains en émoi. Tes doigts en moi.
Une étreinte. Nous sommes siamois.
Peut-on étreindre aux pays des milliards éreintés?
Rhajdani Express, tu me transformes en princesse
Couverte d’or aux intentions provocantes
Et toi prince qui me hante !
Basculée, bousculée, j’ai dérapé.
Jambes tremblantes, joues rosées, coeur éclaté.
Les villages se suivent, s’ensuit la nuit.
Ivrognerie du désir, je broie du gris.
Au doux matin, je t’ai retrouvé.
Ton dernier sur tes genoux. Ta femme à tes côtés.
Krishna, Allah, Bouddha, Vishnou
délivrez-moi, soulagez-nous!
Bombay. Le train entre en gare.
Décompte, décombre.
Il est trop tard.