Webdocu.fr, c’est une mine d’or de ressources et de découvertes. Site de référence du webdocumentaire. on y retrouve plusieurs webdocus référencés, l’actulité du monde du webdoc, des entrevues et des liens.Ils font un bon travail.
Parlant de travail, Alexis Sarini de l’équipe de Webdocu.fr m’a envoyé quelques questions sur la situation du webdocumentaire du Canada. Je republie l’intégralité de mes réponses ici. Vous trouvez l’article sur leur site également.
Quelle place a le webdocumentaire dans le paysage web canadien ?
Le concept « web documentaire » soulève plusieurs définitions. Au Canada, particulièrement au Québec, nous avons hérité et nous poursuivons à alimenter un magnifique héritage de savoir-faire « documentaire » Un documentaire d’auteur, cinématographique et télévisuelle par la force des argents investis en télévision mais somme toute, un documentaire qui pose sur le réel un regard unique. Pour moi, webdocumentaire repose sur cette vision personnelle d’un auteur (ou plusieurs). Un auteur avec des intentions, une démarche et un point de vue. Ce qui pour moi le diffère d’un reportage. Mes exemples et applications reliés au webdocumentaire au Canada découle de ce constat.
Nous avons au Canada, depuis le début des années 2000, expérimenté plusieurs formes pour le documentaire, autant dans sa diffusion, sa relation avec le public et ses univers narratifs sur le web. Brett Gaylor et l’équipe d’EyeSteelFilms avec Homeless Nation en 2005 expérimentait le contenu généré par des jeunes de la rue, bien avant le succès de YouTube. Brett Gaylor a poursuivi ses explorations avec son film Rip! A Remyx Manifesto, et la plateforme Open Source Cinema. À Toronto, la compagnie Kensington Communications ont innové avec le projet Diamond Road Online. Les projets Who we are, Montréal en douze lieux, City Sonic, Love letters to the future, Pax Warrior en sont quelques exemples pour n’en nommer quelques uns.
L’ONF, avec les plateformes de Parole citoyenne (2003) et CitizenShift (2004), le projet Filmmaker-in-Residence (2005) de Katerina Cisek ont mis en place une volonté de diffusion, de collaboration, d’ouverture et d’échange. Des valeurs qui en 2010 sont monnaie courante sur le web. Mais en 2003, Facebook et You Tube n’étaient pas encore dans notre vocabulaire. Et l’ONF poursuit de nouvelles explorations avec PIB et Highrise et les projets figurant sur interactif.onf.ca.
Ces expérimentations sur le terrain du documentaire en ligne, multiplateforme, résolument numérique ont permis à une génération d’artisans du documentaire d’innover et de faire du Canada un espace où c’était permis de le faire.
Qui en sont les principaux acteurs ?
Ils sont nombreux. Boîtes de production spécialisées dans l’interactif, je pense à Turbulent, Kung Fu Numerik, Stitch Media, MC2, Xenophile Media. J’en oublie certainement mais les joueurs sont présents, actifs et très créatifs. Côté institutionnel, l’Office national du film du Canada est le principal acteur.
Quels sont les pistes de financement d’un webdoc au Canada ?
Les Fonds Bell et Québécor sont des partenaires importants. Mais pour être admissible, il faut que le projet « web » soit le pendant interactif d’un projet télévisuel. Mais ces fonds ont permis des expériences convergentes intéressantes et ont aidé au démarrage et développement de nombreuses entreprises en nouveaux médias et dans l’interactif.
Le défunt Fonds des nouveaux médias de Téléfilm a été plus ou moins remplacé par le Volet expérimental du nouveau Fonds des médias du Canada. Ce fonds ne demande pas de diffusion télé mais pour être admissible, il faut démontrer le potentiel de l’innovation, tant dans les contenus, les technologies et le modèle d’affaires. La compétition dans ce fonds est assez féroce. Au premier dépôt, en date du 5 juillet dernier, la valeur des demandes soumises aux fins de financement et reçues est nettement supérieure aux 16,2 millions $ disponibles pour ce cycle de financement. Ainsi, plus de 250 requérants ont demandé environ 90 millions $ au soutien de 120 projets de productions, 112 projets de développement et 21 projets de mise en marché. Les créateurs y compris ceux qui veulent investir le genre documentaire dématérialisé des formats qu’on lui connait, sont prêts à le faire mais les argents sont nettement insuffisantes. Pour les artistes, les bourses du Conseil des Arts du Canada et de Conseil des Arts et Lettres du Québec sont toujours les bienvenues.
L’ONF, de son côté veut produire ce type de projet, mais selon des critères établis. L’ONF cherche actuellement à produire de nouvelles œuvres qui contribueront à sa mission, notamment : documentaires interactifs, œuvres pour plateformes mobiles et médias localisés (locative media), animations interactives, art et essais photographiques, visualisations de données, installations, médias communautaires, vidéos interactives, contenu généré par l’utilisateur, etc.1 Pour les critères, c’est ici. Plus certaines agences gouvernementales au niveau provincial sont présentes et offrent des programmes d’aide. Mais pour le moment, les pistes de financement pour produire un webdocumentaire ne sont pas si nombreuses et à l’intérieur de ces pistes possibles, la compétition est très forte.
Évidemment, trouver de nouveaux partenaires, ONG, organismes communautaires, webdiffuseur, etc sont des pistes à explorer. Et pourquoi pas des mécènes et des partenaires au privé ? Mais c’est un autre débat!
Est-ce un nouveau débouché pour les photographes et reporters ?
Oui c’est certain et probablement pour d’autres métiers/expertises aussi. La culture numérique nous pousse à de nouvelles collaborations et développer de nouveaux réflexes. Quelle est l’équipe de création d’un documentaire de demain? Des auteurs qui peuvent écrire pour une expérience web, des architectes de contenu, des scénaristes de l’expérience pour les usagers, des animateurs de communautés, des directeurs de technologie. Ce qui est certain, c’est la nécessité actuelle de dialogue et de partage des expériences, des savoirs, des démarches et des regards.
Vous parlez de narration transmédia. En quoi est-elle différente d’une narration classique ?
En fait pour moi le transmedia, c’est explorer à un niveau supérieur. Mettre en place différents éléments sur différentes plateformes pour créer différentes expériences. Jouer avec le temps réel, déplacer les gens dans l’espace, mixer les formats, fouiller les frontières floues entre documentaire et fiction, partager, ouvrir les contenus et les contenants. Jouer. Simuler. Stimuler. Nous sommes des créatures créatives et la culture numérique nous ouvre des possibilités d’écrire de nouveaux codes.
Quels sont pour vous les webdocs les plus réussis ?
Question difficile! Il y en a des projets réussis! Mais je vais tenter de me limiter à cinq. Gaza Sderot est un classique. Le contenu transcendait l’interface, bien choisie et éloquente – deux lieux, deux moments, deux réalités. Interview Project propose une expérience linéaire classique mais terriblement efficace. Le portrait d’une Amérique est là, à notre portée. Plus, on sent dans ce projet que les réalisateurs ont pris du recul face à leur matériel. Et ça fait du bien.
Plus proche de nous à Montréal, le projet web Clé 56 où le jeune réalisateur Alexandre Hamel a réalisé des courtes capsules à l’intérieur des murs de l’hôpital psychiatrique Louis-H. Lafontaine à Montréal pendant huit semaines. Le but du projet : démystifier l’hôpital psychiatrique et la santé mentale. Webdiffusées sur le site de l’institution, sur Youtube et Cyberpresse, les capsules ont récolté pas loin de 90 000 visionnements. 2
Projet atypique, le projet World Without Oil (WWO) pourrait sembler dépassé, l’expérience qu’il proposait en ligne s’étant terminée en juin 2007. Les jeux sérieux, comme WWO intègrent le réel dans le récit. WWO a éveillé et sensibilisé toute une population, mais davantage, a conduit à un engagement réel et à des changements tout aussi réels dans la vie des gens. Ce qui n’est pas négligable…
Et finalement, un autre projet atypique, A short film about war des artistes Thompson and Craighead est un exercice fascinant. Ici, on joue avec le réel. Avec le data (géolocalistion, binaire, UGC, etc) du réel. Il y a là une piste très intéressante à explorer. Et je ne vous apprend rien que nous sommes noyés sous des tonnes de data… À nous de lui donner un nouveau sens… Ou un sens tout court…
Comment voyez-vous l’avenir du reportage sur Internet ?
Les journaux, quotidiens et magazines ont pris le tournant numérique et produisent des webreportages faits sur mesure pour le web. Le projet Behind The Veil du Globe and Mail est un bon exemple d’intégration images, videos, audio et textes.
Pour le reportage proprement dit, l’avenir est là, il n’y pas de doute. Mais pour tous les artisans du documentaire aussi. La culture numérique est là, ce n’est pas pour demain, c’était quasiment hier. J’aimerais citer un grand artiste et visionnaire de la culture numérique ici au Canada, cofondateur de DocAgora, Peter Wintonick. « «Il est essentiel que les documentaristes s’adaptent au nouveau lexique autrement ils vont se faire rattraper par le tsunami numérique» lance Peter Wintonick.3 Et à quoi pourrait ressembler ce nouveau lexique? Wintonick poursuit : «cyberdocs, digidocs, transmedia docs, crossdocs, crossmedia, docs à 360 degrés, netcast docs, docs interactifs, 3D-docs, mobidocs, docomedies, jeu documentaire géolocalisé et docu-animation. Court, moyen ou long. Télédiffusé, bade-passante-diffusé or hyperdiffusé. Multimédia. Multiplateforme.» Cette énumération m’inspire. Le terrain de jeu est large.
Le web a t’il changé votre façon de travailler, votre façon de vous engager ?
Oui, le web a probablement changé ma vie mais il fait trop partie de moi pour que je m’en rende compte! Sérieusement Twitter est un fabuleux outil de recherche. Les réseaux sociaux sont à utiliser pour faire des découvertes, les partager, etc. Nous sommes à l’ère de la collaboration et ces outils, (et ce ne sont que des outils) sont puissants, dans le bon sens mais malheureusement, l’inverse est aussi vrai. Mais je crois qu’il faut surveiller de près la pénétration de la mobilité via les téléphones comme le iPhone, etc. Et notre rapport aux lieux réels, au temps, à la durée, etc. Bref, sortir du web pour véritablement entrer dans le triangle de la convergence médiatique, la culture participative et l’intelligence collective. Un bon exemple de cette culture est WorkBook Project, un réseau ouvert de création collective.
1)Tiré de leur site web http://www.onf-nfb.gc.ca/fra/realiser-coproduire/projets-numeriques.php
2)Total estimé par Catherine Dion, agente d’information – relations médias , Service des communications, Hôpital Louis-H. Lafontaine
3) Livre portant sur le nouveau documentaire qui sera publié par le British Film Institute et édité par Brian Wintson


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Tweets that mention Entrevue dans Webdocu.fr | Patricia Bergeron -- Topsy.com says:
sept 24, 2010
[...] This post was mentioned on Twitter by Dominique Frotté, Wilfrid_Esteve. Wilfrid_Esteve said: http://patriciabergeron.net/2010/09/entrevue-dans-webdocu-fr/ [...]