En ouverture du festival du cinéma israélien de Montréal, le puissant, provocateur et troublant Lebanon, premier film de Samuel Maoz.

« Je venais d’avoir 19 ans en mai 1982. La vie était belle. J’étais amoureux. Ensuite on m’a demandé de partir sur une base militaire et d’être le tireur du premier tank à traverser la frontière libanaise. Cela devait être une mission d’une journée toute simple mais ce fut une journée en enfer. Je n’avais jamais tué quelqu’un avant cette terrible journée. Je suis devenu une vraie machine à tuer. Quelque chose là-bas est mort en moi. Sortir ce tank de ma tête m’a pris plus de 20 ans. C’est mon histoire ». – Samuel Maoz

Véritable catharsis auto-biographique, le film Lebanon nous cloue dans notre siège. Légèrement stressant et claustrophobique. Tout est filmé à l’intérieur du tank et vu du tank. Tout un défi, brillamment relevé au plan cinématographique.

Lebanon nous entraîne au cœur d’un char israélien lors du premier jour de la guerre du Liban (celle de 1982). Parti-pris du réalisateur Maoz est de ne jamais nous faire quitter ce char. On vit à l’intérieur, on visite l’intérieur et on voit l’extérieur de la lunette du tireur. L’équipe va perdre son innocence et les ravages de la guerre ne nous sont pas épargnés. Deux options que le réalisateur marie avec une incroyable dextérité. Puissant. Provocateur et troublant car ici, on nous montre la version côté bourreau. Sans artifice, sans culpabilisation. Sur cette note, le film Lebanon détone du puissant Waltz with Bashir, qui entraînait les spectateurs dans le processus d’une auto-réflexion sur l’acte guerrier…. et sur la puissante culpabilité.

Ici, Samuel Maoz, n’est pas dans cette quête. Son film est brut, froid, quasi apolitique – il faut voir la scène où un soldat israélien demande ce que sont les phalangistes….). Le réalisateur de Lebanon tient son parti pris, ne s’excuse pas et ne démord pas de la libération de ses propres démons. Cette journée infernale en mai 1982, où il est devenu un tireur fou…

PS. Ça m’a fait pensé à  Das Boot de Wolfgang Petersen, épopée claustrophobique dans un sous-marin allemand mais en moins puissant.

Voici la bande-anonce.