Fernand Dansereau

Fernand Dansereau - crédit photo RVCQ

Fernand Dansereau est un de nos piliers pour le cinéma documentaire et de fiction. Grand scénariste. Plus de 50 ans de carrière, ce n’est pas rien! Ce grand monsieur nous a donc concoté une leçon de cinéma samedi le 20 février lors des RVCQ. Une œuvre qu’il début comme journaliste au Devoir dans les années 50. Son sujet de prédilection : les questions ouvrières. Il entre par la suite à l’ONF qui démarre son studio francophone, il connaitra le bureau d’Ottawa et le déménagement dans la superbe (!) bâtisse de Côte-de-Liesse. Il est réalisateur, producteur et un des artisans du programme Société Nouvelle. Des films documentaires par, avec et pour les gens. L’expérience St-Jérôme est le classique du genre. Dans les années 60-70, le Québec est en pleine révolution culturelle. Il quitte en 70 pour se consacrer davantage à la fiction, à l’écriture dramatique. Le Parc des Braves, c’est lui. Plus récemment, il a signé le très bon documentaire Quelque raisons d’espérer sur son frère, le scientifique  Pierre Dansereau et le film de fiction La Brunante. Et cette année, lancé aux Rendez-vous, son dernier opus documentaire - Les porteurs d’espoir.

Sa leçon de cinéma en fut une des plus généreuse. Il nous a ouvert son coffre à outils.

Primo, pour le documentaire ; il ne s’agit pas d’attraper la réalité, M.Dansereau ne croit pas à la réalité lorsqu’une caméra est en jeu, c’est une réalité altérée, sur-réel et transfigurer donc le cœur d’une démarche ne peut s’arrêter à cette quête, de capter le réel. Plutôt, il privilégie la relation. Le processus d’une relation avec les personnages. Et parlant de processus, on fait rarement le film qu’on pense faire. Le processus de faire le film est souvent plus intéressant que le résultat lui-même.  Autre outil, la structure de construction du récit. Plutôt que d’avoir un sujet, il faut essayer de transformer le sujet en question, en forme binaire et entre les deux points, peut s’établir une tension dramatique. Et l’émotion. À quel moment les spectateurs seront touchés, et par quelle émotion.

Et finalement l’outil le plus nécessaire, conserver un certain positivisme. Faire du documentaire peut entraîner un certain découragement devant le syndrome permanent de la résignation qui fait du surplace…. Documentaristes, il faut faire son devoir de courage. Réaliste et critique. Et bien sur, les contraintes sont des ressources et avoir du plaisir!!!!

M. Dansereau a aussi pointé une nuance qui dévaste plus ou moins nos institutions et notre cinéma par les temps qui courent. Nous sommes en mode séduction. La différence entre charme et séduction. Prêcher la séduction, c’est vouloir plaire, ce sont les thèmes imposées par des institutions, des enveloppes à la performance, etc. Le charme, c’est la signature d’un auteur, la naissance d’un artiste. En bout de ligne, la séduction crée un cinéma très local, peut exportable et qui résonne peu dans l’universel…

Bref, il n’est pas amère du tout le monsieur. Mais bien humble, lucide. Tristesse et courage, des éléments nécessaires à la fabrication d’un rêve. Merci M.Dansereau.

Parlant de rêve, je vous invite à visionner la bande-annonce du très beau film – Les porteurs d’espoir.

ps1. Il a écrit un texte de 14 pages pour sa leçon de cinéma. J’essaie de le trouver et de vous le partager.
ps2. Entrevue avec lui sur le site Parole citoyenne.