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Étude de cas – Remyx et Journal d’un coopérant
Dans le cadre des RVCQ, Téléfilm, Fonds Bell et Espace inFusion ont organisé une journée des médias numériques. En premier lieu, avant-midi consacrée aux fictions web interactives. Deux études de cas, REMYX et JOURNAL D’UN COOPÉRANT. Deux exemples très différents et leur juxtaposition était brillante pour une réflexion sur la narrativité, l’interactivité, la dramaturgie et ses auteurs.
Quelques notes gravées ici et là. — finalement je suis inspirée!
Le cas Remyx
Remyx a été webdiffusé sur Radio-Canada.ca de septembre à décembre 2009. Remyx est probablement un première essai du genre plutôt complet sur le web au Québec. Une douzaine d’épisodes de fiction de 6 minutes, racontant les aventures de trois couples. Chaque épisode se termine sur une question que les internautes doivent répondre, ce qui influence l’épisode suivant. Les scénaristes nous racontait hier que ont essayé de donner 1/3 possiblement influençable et 2/3 déjà prévues dans l’écriture. Autrement mission quasi impossible. Il faut préciser que la beauté et la difficulté de ce projet ont été dans sa faisabilité et défi de production. Mise en ligne le vendredi, les internautes ont jusqu’au lundi suivant pour voter, écriture le mardi, tournage le mercredi, montage le jeudi et on recommence…. Fiou! Assez intense. Plus, ils ont été aussi très créatifs pour relever le défi, ce qui est tout à fait dans l’esprit de la création… tout court.
Remyx a été un laboratoire très révélateur au niveau d’un exercice sur la dramaturgie. Petite note, comme ce fut un projet pitché rapidement vers une mise en ligne, ils ont brillamment relevé le défi du positionnement de la marque. Le mot REMYX, qui joue à la fois avec les concepts des générations Y et X, principalement Y dans ce cas-ci. En peu de temps, le brand était lancé, projet positionné et résultats qui comblent des attentes (autant chez le producteur que chez le diffuseur).
Mais revenons à la dramaturgie. À chaque fin d’épisode, les auteurs lançaient une question au public, est-ce que X doit faire ceci, ou Y faire cela, et surprise, le public choisissait le choix « moral » alors que les auteurs, comme tout bon auteur veut s’éloigner d’une certaine logique moraliste et s’amuser quoi… Mais non, le public-cible (18-35) optait pour le choix le plus conservateur… Intrigant. Ce qui a poussé les auteurs à repositionner leurs questions afin de ne pas tomber dans le piège de cette dualité binaire, qui en bout de ligne amène au cul-de-sac de pas grand chose… Les derniers épisodes ont été plus subtils!
Remyx est un beau cas d’étude sur une conversation entre auteurs et son public. Où le public influence l’histoire. Pour le meilleur et pour le pire. Plus, ils avaient choisi de livrer les clips à une heure précise tous les vendredi. concept très « TV ». Mais ça comporte des avantages… Créer un événement, rassembler la communauté, et faire naître un sentiment de primeur (et oui, ça pogne encore!), bref bon concept.
Va-t-il avoir une deuxième saison? Il serait intéressant de pousser plus loin la conversation avec les internautes, le lieu du rendez-vous (le site web) et d’expérimenter une dramaturgie plus risquée, peut-être, pour envoyer l’internaute là où il ne pense pas aller mais s’il croyait qu’il avait le contrôle. La déroute du lecteur, du téléspectateur, du public, c’est particulièrement tentant!
Le cas Journal d’un coopérant
Ah Robert Morin, cet homme qui expérimente un langage cinématographique, une forme narrative et une relation avec les spectateurs. L’expérience Journal d’un coopérant s’inscrit logiquement dans le parcours de l’artiste. Première boutade qu’il nous lance, les créations collectives, c’est de la foutaise!!!
Revenons au projet. L’invitation était claire, lancée en décembre 2009.
journalduncoopérant.com est à votre disposition dès maintenant sur le Web. Il s’agit d’un work in progress, d’un film en devenir qui attend vos réactions, commentaires et surtout, surtout, vos inventions. J’y interprète le personnage principal, Jean-Marc Phaneuf, un technicien en électronique retraité qui travaille pour Radio du monde, un ONG spécialisée dans la rénovation et l’installation de radios communautaires en Afrique. Son journal Web vous parviendra tout au long de son séjour à Ujama, soit une période d’environ deux mois. Vous êtes invités à « bloguer » avec lui, en faisant comme lui, c’est-à-dire en vous inventant un personnage et en vous enregistrant au moyen de votre caméra Web. Vos envois pourraient se retrouver dans le film et en salle au printemps et ainsi faire du film une création collective.
Merci de votre « coopération
Bon, pour la création collective, un échec total selon Morin! Revenant sur la question morale soulevée dans le cas Remyx, pour Morin, la dramaturgie, c’est jouer avec la morale. Alors l’ouvrir au collectif, qui ne veut que se diriger vers le droit chemin, c’est irrémédiablement aller tout droit vers la banalité…
La productrice, Stéphanie Morissette qualifie l’expérience de JC d’une performance. Le blogue étant la performance de la livraison d’un film, la possibilité d’influencer la trame, toujours dans la fiction. Et en bout de ligne pour nous les internautes, ce fut la livraison d’un court métrage impressionniste d’une vingtaine de minutes. Pour l’équipe, point intéressant, ils ont traité le blog de Phaneuf comme un accessoire au film. Comme un objet de la direction artistique, de la mise en scène, de la dramaturgie.
Pour Morin, l’expérience de dévoiler le film a révélé l’aspect « lent » du médium web….joli paradoxe! Un montage en slow-motion, où les auteurs tentent de radioscoper l’auditoire, un sondage d’opinion en temps réel, mais un temps trop lent pour une symbiose dramatique. Plus, pour Morin, cette expérience, provocante dans la forme autant que dans le contenu (aborder le sujet délicat de la pédophilie, il faut être courageux car comme société, on n’a pas ce courage là) ce fut le triomphe de l’auteur. Sommes-nous dans la fiction? Dans le documentaire? On est dans une zone grise et c’est là toute la force de l’oeuvre de Morin. J’avais écrit dans mon billet lors du lancement du projet, que je me foutais de savoir où l’on était. On joue. Et le boss, c’est pas Phaneuf, mais Morin. (mais ça aurait pu être Phaneuf…)
Au mois de janvier, quand le personnage de Phaneuf dégringole et s’enferme dans son rôle de pédophile secondaire, Daniel Canty (qui a réalisé avec Morin l’expérience sur le web) disait que Phaneuf n’avait qu’un mot-clé en tête. Mathilde, Mathilde, Mathilde…. Les commentaires sur le blogue, il (le personnage) n’était pas en mesure de les lire et de les vivre. Il était bien loin de tout ça…
Nous a-t-il bernés? Est-ce que les internautes ont été victimes d’une supercherie nommée Robert Morin-s’amuse-encore? Non, pas du tout. Nous avons assisté à une performance de provocation, brillamment orchestrée, où le performeur a signé son œuvre. Il a persisté, le public aussi. Mais en bout de ligne, métaphoriquement parlant, on s’est fait avoir, berner. Comme une victime face à son prédateur.. Et comme expérience-usager, c’était tout un pari. Qui sait, tant qu’à se faire berner, le coup aurait pu être encore plus fort. Jouer avec le mensonge. Avec Phaneuf. Moins avec Morin.
Je retiens de Journal d’un coopérant, une expérience assez fusionnelle et inspirante de dramaturgie, cinéma, diffusion et conversation.
Pour voir le résultat en format cinéma, ce sera au mois de mars en salles. Ou en primeur, en fermeture aux Rendez-vous du cinéma Québécois.