Connaissez-vous la troupe de théâtre Projet Porte Parole?. Jeune compagnie de théâtre très dynamique, ils occupent une place unique dans le monde théâtral au Québec, avec une démarche documentaire. J’ai commencé à les suivre en 2003, simultanément avec les débuts de Parole citoyenne. Donc du théâtre documentaire.
En 2007, ils ont démarrer un projet ambitieux, Sexy Béton, pièce bilingue en trois épisodes. Et ce janvier, c’est la conclusion du troisième épisode, que j’ai eu la chance de voir, de vivre.
La bande-annonce de la pièce
Sexy béton, une pièce en trois épisodes from Porte Parole on Vimeo.
Quelques mots à propos de Sexy béton (tiré de leur site)
——-Brett et Maude, deux acteurs, sont intrigués par la lecture d’une histoire qui relate l’effondrement d’un pont, tuant cinq personnes dans leur ville. Quand ils découvrent que les personnes, qui l’ont construit et étaient en charge de son entretien, ne veulent endosser aucune responsabilité, ils démarrent une enquête. Leur odyssée les conduit aussi bien chez les victimes encore dévastées que dans les salles des conseils d’administration et les bureaux feutrés de l’élite politique et financière, où circulent des rumeurs de conspiration de mafia et de collusion du monde de la construction qui menacent leur quête de vérité.
À chaque étape, leur mission de créer un drame “sexy” est mise en péril par leur sujet “béton”. Ils veulent blâmer quelqu’un pour l’effondrement du pont et secourir les victimes innocentes. Mais, finalement, ils sont contraints de tirer des conclusions moins glamour : le pont en question est une partie de leur propre monde malade et, qui sait peut-être, eux-mêmes ont-ils quelque chose à voir dans cette faillite collective.
Sexy béton est un suspense politique hantant notre passé, mais encore actuel : les unes des médias ne cessent de rapporter des chutes fréquentes et choquantes de blocs de ciment des infrastructures au Québec. La pièce est aussi un appel urgent à l’engagement des citoyens au moment où, par exemple, les projets de reconfiguration de l’échangeur Turcot à Montréal risquent d’affecter notre ville pour des décennies.——-
Voilà pour le résumé. On parle du Pont de la Concorde évidemment. Tragédie qui est survenue le 30 septembre 2006.
Je n’ai pas eu la chance de voir les deux premières pièces mais j’ai eu la chance de les lire le week-end dernier. Déjà, juste les mots m’avaient gagnée. Beaucoup d’émotions, beaucoup d’intelligence dans le propos. L’aventure de Sexy Béton et son écriture, c’est l’œuvre d’Annabel Soutard. J’y reviendrai.
Bref, mardi soir, j’allais voir l’épisode trois, le dernier, l’Abandon. J’ai passé une soirée éprouvante. Magnifique. Intense. Pas facile.
Tout est parfaitement intégré dans Sexy Béton.
- La réflexion politique
- Les émotions
- Le désespoir
- L’engagement
- L’éthique
Et l’expérience théâtrale? Intense. D’excellents comédiens, scénographie sobre mais efficace, un texte troublant et la frontière entre transposition dans l’acte de création et réalité qui s’amenuit de plus en plus, nous transportant vers une conclusion déchirante et si intègre. Je vous donne un indice. Le film Valse avec Bashir. Et toutes les présentations sont suivies d’une discussion avec le public.
Bravo Annabel et bravo à toute l’équipe.
Vous savez quoi? Cette pièce de théâtre est une puissante métaphore. Celle de notre infrastructure défaillante : notre responsabilité collective. Notre société qui inexorablement se détisse. Notre individualisme en puissance. Notre sens collectif en « impuissance ». L’auteure Annabel s’est totalement investie dans cette aventure, enquête, engagement et relations avec les familles des victimes.
J’ai été au théâtre et j’ai pleuré. De rage. De colère. D’espoir.
Juste avant de quitter, Haïti avait tremblé. Je vous parlais de métaphore plus haut. Je n’ai rien d’autre à ajouter.
Sexy Béton – Épisode 3 – L’abandon
Au centre Seagal jusqu’au 21 janvier.


Un commentaire
Inspirant! Je vais essayer d’y aller… Est-ce que les textes des deux premières parties sont disponibles sur le net?
Merci Patricia!