Et non, malheureusement et tristement, je n’ai pas eu cette chance, cette opportunité de rencontre Bernard Émond, de parler avec lui du monde qui nous entoure. Mais Simon Galiero l’a eue lui! Et Les Éditions Médiaspaul ont eu la bonne idée de nous l’offrir sous le format livre, qui se dévore d’un bout à l’autre. La perte et le lien, Entretiens sur le cinéma la culture et la société – Simon Galiero rencontre Bernard Émond.

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Image ©Mediaspaul

Ce fut une lecture qui, comment dire, nous enrichit, nous réconforte, nous propose, nous positionne, nous sensibilise. Car Bernard Émond est, oui un grand cinéaste, mais surtout un humaniste humble. Humaniste dans le sens large du terme, car l’artiste et cinéaste observe, filme et réfléchit sur la condition humaine, principalement ce lien du sacré…mais pas sacré au sens lithurgique mais sacré aux sens de nos racines, de notre conditionnement, de notre identité. « Cette ensemble de métaphores qui m’aident à penser le monde contemporain » écrit-il.

Dans la dernière édition du 24 images, la rédactrice en chef Marie-Claude Loiselle commente sa lecture. Je la cite : « Se pencher sur le parcours de Bernard Émond et s’engager avec lui au cœur de la réflexion qu’il poursuit depuis de nombreuses années sur la société québécoise contemporaine, c’est aller à la rencontre d’une pensée imperméable à l’air du temps, nuancée, sans cesse avivée par une ardente tension morale. » Elle résume trop bien ce que j’ai ressenti tout au long de ma lecture.

Photo : Mongrel Media

Photo : Mongrel Media

Et comme un entretien, normalement, on est au minimum deux personnes, chapeau à Simon Galiero, cinéaste (de l’excellent Nuages sur la ville, entre autres) et aussi co-éditeur de la revue Hors-Champ. Le ton de l’entretien est pertinent et on peut sentir que Galiero maîtrise le dialogue et l’art de nous amener, avec M. Émond, toujours plus loin.

Bernard Émond est un partisan de la rigueur. Moi aussi, j’essaie.

Je me permets de vous retranscrire un bonheur de lecture….

p.142   « Je suis un artiste en fait, bien plus qu’un intellectuel. Même si je viens de là. Mon travail, c’est d’essayer d’être sensible à ce qui se passe dans le temps présent et d’essayer de partager cette sensibilité. Pour moi, un artiste, c’est d’abord quelqu’un qui est attentif au monde et qui essaie de communiquer cette attention. Effectivement, je n’ai pas du tout le discours de l’anthropologue, du sociologue universitaire ou du politologue. C’est plutôt un discours de citoyen dont le travail est d’être le plus sensible possible à ce qui se passe dans le monde contemporain. Kurt Vonnegut, le romancier américain, avait une joli métaphore pour ça, ils disaient quelque chose comme ceci :  » Les artistes sont comme les canaris que les mineurs de l’ancien temps emmenaient en cage dans les mines. Les canaris ont un système respiratoire très fragile et quand il y avait un coup de grisou qui sen venait, ils suffoquaient et tombaient en bas de leurs perchoirs ; alors les mineurs savaient qu’il fallait sortir au plus vote de la mine. Et moi, j’ai l’impression que les artistes, en tout cas ceux qui font vraiment leur travail, sont des espèces de canaris et voient venir un petit peu avant les autres.«