C’était un samedi soir. Un film d’une durée de deux heures vingt minutes. Et vous savez quoi? Je n’ai pas envie d’en faire la critique. Mais bien plus envie d’en faire l’apologie. Hommes à louer, de Rodrigue Jean est un grand film, l’un des plus grands documentaires de notre cinématographie. Un film à voir et ce n’est pas un film facile. Filmé sans artifice, portraits de douze jeunes qui se livrent à la caméra avec un naturel défiant le réel et qui nous relate leurs vies de travailleurs du sexe, leurs vies avec leur compagne, la drogue, leur vies qui sont des montagnes russes de lucidité, d’espoirs escamochés. Mais le tout dans une rigueur, une intelligence du regard du rélisateur Rodrigue Jean. Ça dépasse l’empathie car en fait, il s’agit d’un dialogue, qui débute lentement avec une certaine réserve pour débouler dans une vraie conversation. Et nous sommes littéralement happés dans ce jeu de vérité. Bouleversant. J’en suis encore à m’en remettre…

Il y a eu toute une histoire autour de la sortie du film. En fait, la production du film a été arrêté à des nombreuses occasions, révélant un bras de fer entre le réalisateur et ses collaborateurs avec les producteurs (privé et institutions). Mais question de ne pas trop revenir sur cette saga, ce qu’il faut retenir à mon avis, c’est cette lutte sur la durée d’une oeuvre. Durée qui joue sur la manipulaiton du réel. Et Rodrigue Jean avait annoncé ses couleurs bien avant la production du film. Il fallait à tout prix éviter de tomber dans le sensationnalisme. Et son film avait tout les ingrédients pour ; sexe, prostitution, drogue, vies écrochés. Le réalisateur s’est battu et nous avons donc droit à la vraie version du film, une œuvre qui a trouvé sa durée. Pour en savoir plus sur la saga, je vous invite à lire la très belle lettre de Sylvain l’Espérance, une autre lettre d’André Habib et un article d’Annabelle Nicoud.

Alors saga terminée ou pas, le privilège est là. L’accessibilité de cette œuvre, de ce chef-d’œuvre. Comme spectateur, on ne peut pas se défiler de la réalité intègre qui se dévoile sous nos yeux. Ce n’est pas un film facile, je l’ai déjà dit. Mais un film plus que nécessaire. Vous en sortirez émus, vous aurez ri et vous aurez grandi.

Hommes à louer, un film de Rodrigue Jean - © ONF et Informaction

Hommes à louer, un film de Rodrigue Jean - © ONF et Informaction

Et ce n’est pas seulement la véracité de son contenu qui en fait un grand film, mais tout aussi des procédés cinématographiques qui deviennent de grandes et puissantes métaphores. On aperçoit très souvent la preneuse son, qui prend le temps d’installer le micro sur la poitrine des jeunes, une brève mise à nu avant la vraie. La ville de Montréal, toujours au loin, floue, indifférente à la vie et l’avenir de ces jeunes. Privilégiant le huis-clos, on n’a jamais l’impression qu’on étouffe. Mais ces jeunes, oui, ils étouffent. Pas de voyeurisme, pas de fausse compassion ou de sympathie hypocrite.

979a37d64fec4747e0b67983c11d1632

Go. Au cinéma Parallèle du 25 septembre au 1er octobre à 15h15 > 18h00.
Hommes à louer, un film de Rodrigue Jean, 2009.