Un petit bijou. Il y a bien longtemps qu’un roman ne m’a pas autant bouleversé.
Un livre qu’on veut relire, qu’on lit plus lentement, et qu’on quitte avec grands regrets. La grande Toni Morrison en remet. Après l’immense succès de Beloved, elle nous fait don d’un don…. En anglais, A Mercy. L’auteure nous transporte en Virginie, en 1682, au tout début de l’histoire des États-Unis. Sur une ferme, le destin de quatre femmes s’étire, s’étiole et se scelle. Une blanche, venue d’Angleterre, une amérindienne, une métisse, et une noire. L’esclavage est évidemment le sujet principal du livre, esclavagisme qui remporte le titre d’ancêtre à notre racisme actuel. Mais ce n’est pas seulement l’esclavage. C’est aussi un livre sur l’histoire qui se transforme. Sur l’homme noir qui se libère. Sur les hommes blancs qui sont aussi prisonniers de « façons de vivre ». Sur une Amérique toute entière qui épouse la vie avec ses nouveaux arrivants.
Chacun des personnages est présenté dans sa profonde humanité et vulnérabilité. Les femmes, particulièrement. Le roman est narré par plusieurs, la jeune fille, le fermier blanc, le « je » voyage au travers de toutes ces âmes. Un don montre l’immense fragilité de vies sans cesse menacées : celles des riches comme celles des pauvres, des blancs comme des noirs, des hommes comme des femmes. C’est aussi une époque où tout est permis car rien n’est permis. C’est encore le chaos, la vie est plus que difficile, elle est dure et intraitable. Les espoirs ne sont pas des espoirs mais des brises au printemps.
Mme Morrison est une grande dame de la littérature. Elle a remporté le Prix Nobel en 1993 et le prix Pulitzer Prize for Fiction en 1988 pour Beloved. Ce livre avait fait l’objet d’une adaptation pour le cinéma réalisé par Jonathan Demme. Elle a travaillé comme éditrice chez Random House pendant des années et ses convictions et ses choix ont grandement fait rayonner la littérature afro-américaine. Elle a longtemps appuyé Hillary Clinton pour finalement se ranger au côté d’Obama.
Critique du roman A Mercy par John Updike dans le New Yorker.
À voir sur le site du New York Time, conversation avec Mme Morrison.
Voici deux entrevues avec M.Morrisson à propos de son roman A Mercy / Un don et à propos de la littérature.
J’ai aussi déniché une entrevue fort intéressante de la dame avec un sociologue français de la revue Vacarme. L’entrevue date de octobre 1994. « voir comme on ne voit jamais », dialogue entre Pierre Bourdieu et Toni Morrison.
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Un don
Toni Morrison
traduit de l’anglais par Anne Wicke
éditions Christian Bourgois
Paris, 2009, 196 pages

