C’est fou! Depuis quelques temps, nombreuses de mes lectures me rappellent d’autres lectures ou m’entraînent vers de nouvelles mais que j’avais déjà planifiées. Bref, vous me direz que tout ça est d’une logique accablante mais c’est quand même étrange….Quelques exemples et en même temps, j’en profite pour vous faire quelques suggestions.
Lors de mon périple en Afrique, j’étais partie avec cinq livres. Je suis revenue avec huit livres (peut-être dix finalement!). Normal! J’ai débuté par un recueil de nouvelles, Beethoven avait un seizième de sang noir, de Nadine Gordimer, auteure sud-africaine trop méconnue par le public francophone (mon humble avis). Récipiendaire du prix Nobel de littérature en 1991, elle est une figure importante de l’histoire écrite de l’apartheid. Elle était une proche de Mandela et ses écrits se sont adaptés, renouvelés suite à l’éclatement de l’apartheid. Mais la grande dame continue de se battre pour les grands enjeux.
Écueils et espérances se retrouvent dans les nouvelles de Gordimer. Le secret, les non-dits, la confidence. L’âme quoi. Et les âmes révèlent, dévoilent, infligent des blessures et des réveils. Dans une de ces nouvelles, je n’ai pas le titre devant moi – j’ai laissé le livre au très joli B&B où nous habitions à Nairobi, Gordimer raconte une rencontre dans un restaurant chinois dans Chinatown à New York, où elle discute avec Edward Said et arrive Susan Sontag pour la suite du repas…. Bref la totale me direz-vous! Le plus étrange, question de revenir au lien, c’était qu’un des 5 livres que je trainais dans mes valises, c’est un livre de Susan Sontag.
Je ne vous la présente pas si vous ne savez pas qui elle est. Cherchez-là! Grande dame. Grande intellectuelle et écrivaine, réfléchissant et décortiquant les notions de l’image, de l’éthique, de l’horreur, la beauté, la littérature, l’Art, les situations politiques, etc… Voici un bon lien.
Après Nadine, bifurquant avec Said, je retrouve Sontag. Garder le sens mais altérer la forme est le premier ouvrage posthume de Mme Sontag. Ce recueil rassemble seize textes (essais et discours) auxquelles elle a travaillé jusqu’à sa mort. Dont un texte….en l’honneur de Nadine Gordimer….sur le thème de la relation entre le romancier et le raisonnement moral. J’ai souri. Elles se renvoyaient la balle. Et plus, elle cite Italo Calvino…non, trop c’est trop, deux romans de Calvino attendaient mes yeux dans ma valise… Si par une nuit d’hiver un voyageur et Palomar… Je vous parlerai de Calvino dans un autre billet.
Revenons à Susan Sontag. Si l’art de la photographie vous intéresse (tout aussi bien pour l’art que l’éthique), je vous suggère son essai Sur la photographie. Il est considéré comme l’un des ouvrages de réflexion les plus importants sur le sujet. Laborieusement écrits en cinq ans (de 1973 à 1977), les six volumes ont fortement influencé toute la pensée sur la photographie avec notamment ce constat : « Écrire sur la photographie, c’est écrire sur le monde ». Plus tard, elle a écrit Devant la douleur des autres. Magnifique. Côté roman, j’avais beaucoup aimé et pleuré sur L’amant du volcan. Son fils David Rieff, analyste politique et grand reporter à l’international, notamment pour le New York Times Magazine a écrit Mort d’une inconsolée. Les derniers jours de Susan Sontag. Très fort. Émouvant. Ébranlant. Entretien avec M.Rieff paru dans le Devoir en mai 2008.
Susan Sontag tout au long de sa vie n’a jamais abandonné la littérature, la foi en la littérature. Dans ce recueil, elle nous entretient de ses amours, voir adoration pour Rilke, Pasternak et Calvino. Pour un essai, elle revient sur un roman, excellent d’ailleurs, Un été à Baden-Baden de Leonid Tsypkin. Roman qui nous transporte sur Dostoïevski. Non, je n’avais pas de Dostoïevski dans mes bagages. Mais l’histoire (de liens) se poursuit…dans un prochain billet…avec M.Said.
Encore Mme Sontag. Une vidéo surprenante.

